• Qui va en crèche ?

Alors même que la demande parentale est forte, seuls 16 % des enfants non encore scolarisés étaient accueillis en crèche en 2011.
On dénonce souvent le manque de transparence et les inégalités de traitement dans l’attribution des places crèches, Nathalie Le Bouteillec, Lamia Kandil et Anne Solaz, chercheuse à l’Ined, lèvent le voile sur cette réalité et examinent dans le numéro de septembre 2014 de Population Sociétés, quels sont les enfants qui bénéficient de ce mode de garde.
Elles constatent que ceux nés en début d’année ont plus de chance d’être accueillis en crèche que ceux nés à l’automne mais qu’aucune différence ne s’établit entre filles et garçons ni entre enfants biologiques et enfants adoptés. La date de naissance entre en ligne de compte dans l’attribution des places dans la mesure où les crèches se vident d’un tiers de leur effectif en septembre en raison des entrées en maternelle mais aussi parce que les commissions d’attribution de places sont rares en cours d’année.
Par contre, les enfants qui sont les troisièmes de leur famille sont plus fréquemment accueillis que les premiers ou les deuxièmes, signe d’une volonté d’aider les mères de familles nombreuses à conserver leur activité professionnelle. Les jumeaux et les triplés sont plus fréquemment en crèche que les enfants issus de naissance simple. Les enfants dont la mère est au chômage sont sur-représentés car on n’enlève pas sa place en crèche à un enfant dont la mère vient de perdre son travail et pour donner un coup de pouce aux travailleuses précaires pour les aider à trouver un emploi stable. Les enfants de familles monoparentales ne semblent pas bénéficier d’un accès privilégié malgré une politique visant à favoriser leur accueil en crèche dû au fait que les mères seules demandent moins activement ce mode de garde en raison des horaires des crèches ou parce qu’elles n’accueillent pas les enfants malades. Par ailleurs les enfants de fonctionnaires sont proportionnellement plus nombreux en crèche en raison certainement du plus grand nombre de crèche dans le secteur hospitalier. Les structures d’accueil collectif des jeunes enfants semblent favoriser la mixité d’origines migratoires. Même si ce critère n’est pas affiché, il tient, selon les chercheuses, à une volonté de faire profiter aux enfants d’un encadrement francophone.
La véritable inégalité est surtout géographique avec des places beaucoup plus fréquentes dans les grandes métropoles et en particulier à Paris avec 38 places pour 100 enfants de moins de 3 ans tandis que la moyenne nationale n’est que de 16. Les mères en zone rurale se tournent donc plus vers les assistantes maternelles ou renoncent à travailler. Le coût d’une place en crèche reste en effet pour les petites communes rurales trop élevé à supporter.

Étude disponible sur http://www.ined.fr/fichier/t_publication/1692/publi_pdf1_population.societes.2014.514.creche.france.pdf